Le temps d’une séance ...

Identité Créatrice - coaching le temps d'une séance


Michel a besoin de parler et de parler encore. Nous passons du temps … à clore. Le coaching est terminé, la gestalt est fermée.

Cet échange « structuré » que nous avons eu me semblait avoir atteint son objectif et sa conclusion. Eh, non. Pas pour lui.

Comme souvent, comme un scénario qu’il rejoue, Michel semble avoir du mal à accepter cette coupure qui existe bel et bien entre deux séances et qui sera certainement plus claire encore à la fin du coaching.
 
Je viens juste de corriger. Ma première phrase était « la faim du coaching ».

Qu’est-ce qui pourrait bien le nourrir dans ce rapport que nous avons ?

Et qu’est-ce qui « travaille en moi » quand il agit de la sorte … ? L’« arrêt » de quelque chose ? Une « coupure » qui a été difficile pour moi ? De quel endroit je parle ?

Je lâche prise en même temps que viennent éclore là, dans le champ de la séance, certaines sensations, des ressentis qui parlent d’abandon, de rupture, de vide.

Je sens Michel troublé par ce qui se joue. Aucun mot n’a été échangé mais quelque chose s’est mis en route. Il évoque une histoire ancienne, douloureuse, qui a envie d’émerger et de prendre toute la place … En cette fin de séance, le flot continu de ses mots occupe tout l’espace.

Quelquefois, certaines séances prennent une couleur et une forme qui ne nous permet pas de travailler entièrement ce pour quoi nous nous sommes engagés.

Je le remercie pour ces mots qui parlent de son histoire. Il n’y a pas de lieu spécifique pour parler ni un temps particulier pour le faire. C’est la personne qui décide, face à l’ « accompagnant » qu’elle a choisi, de donner accès à une part intime d’elle-même. Parler de sa beauté mais aussi de sa fragilité, de sa part d’ombres

En plus de nos rencontres régulières qui questionnent son rapport au conflit dans le champ professionnel, j’encourage Michel à travailler aussi sur un terrain qui touche au privé.

La question du conflit, c’était la demande initiale, celle qui m’a été formulée au démarrage du coaching, demande que nous avons questionnée et que nous continuerons à travailler ensemble.

Je lui propose d’engager une autre démarche, parallèle à celle-ci, dans un autre lieu, avec un autre intervenant.



Cette première séance qui vient de débuter avec Hélène parle d’une infinie douceur. Elle a le sourire, toujours ouverte au questionnement. J’ai du mal à l’imaginer confrontante.

Et d’ailleurs elle ne l’est pas. Pas avec les autres, ni avec moi.

Elle me confie qu’elle peut être extrêmement exigeante avec elle même. Dans la coupure, la sienne, « Vous savez, de ces coupures qui nous séparent de nous mêmes » …

Cette rencontre me questionne sur la frontière. L’intérieur par rapport à l’extérieur, mon rapport à l’autre, le rapport que j’entretiens avec moi-même.

Je lui propose de prendre le temps d’écrire les raisons qui l’amènent souvent, et qui pourraient l’amener encore, à entendre et à accepter les retours négatifs continuels de ses collègues, sans rien dire … Cette boucle incessante, elle parle de quoi ? Qu’y trouve-t-elle ?

Assez souvent, l’équilibre dans lequel nous avons plongé et que nous maintenons coûte que coûte, n’est pas fortuit. Il nous nourrit d’une certaine manière et il nourrit aussi, différemment, tous les protagonistes.

Nous travaillons à aller à la rencontre de ce terreau de « compétences » qui est le sien et qui lui assure que rien n’émergera de sa part, que sa blessure restera à l’intérieur et qu’elle ne risque pas de s’exprimer, à quelque moment que ce soit … Oui, nous sommes bien au cœur d’une stratégie paradoxale.

Nous sommes quelquefois de véritables artistes et des stratèges hors pairs quand il faut « verrouiller un système », surtout si c’est le nôtre.

Nous assurer que l’homéostasie en jeu (je) va être maintenue à son niveau d’équilibre, que rien ne va changer. Tout cela est rassurant et quelquefois, cela semble être la seule solution possible. Tout sauf faire un pas de côté. Quand nous nous coupons d’une partie de nos ressources, le changement peut vraiment être perçu comme dangereux pour soi.

Et comme par un merveilleux hasard, je me sens, comme avec Michel, enclin à « couper », interrompre la séance mais ici, ça parle d’autre chose.

Les lacaniens parleraient de scansion pour qualifier une coupure qui crée le manque. Fameux manque qui met en chemin …

Quelquefois, certaines paroles précieuses que l’on ne dit pas continuent à raisonner en nous et finissent par devenir signifiantes. Nous finissons par écouter ce qui émerge et par en prendre soin, le laisser éclore pour ouvrir à d’autres possibles …



Jacques a toujours souhaité s’engager dans un coaching « lourd », une forte quantité de séances (plus de 20 étaient nécessaires selon lui) de deux heures au moins.

Je pose le cadre. Nous travaillerons ensemble 7 séances d’une heure trente chacune.

Il est surpris. Quelquefois il se sent frustré par ce temps qui passe trop vite et à d’autres moments, il perd complètement la notion du temps.

Quel est ce temps de la séance ? Se calcule-t-il ? Peut-on l’additionner ? Que peut-on faire en deux heures que nous ne pouvons faire en une heure trente ?

Il y a une hypothèse qui est posée par l’école systémique et qui traduit une posture particulière : le coach a une position haute sur le cadre (il est garant de l’endroit où la séance va se dérouler, du temps que cela va prendre, des moyens mis en œuvre) et le coaché a une position haute sur le problème ou la difficulté (il est le premier « expert » de son problème).

Cette hypothèse pourrait suffire pour expliquer cette « reprise en main du cadre » de ma part. Mais ce n’est pas que cela.

A certains moments, le coach perçoit très clairement quelque chose qui « achoppe » en son coaché, quelque chose qui émerge et qui transporte l’autre assez loin, à l’intérieur de lui-même. Un regard, un changement infime quelquefois.

Et à ce moment là, il n’y a plus de temps ni de lieu. Et j’ai l’impression que c’est à ce moment là que ça se passe. Ca, le changement, le chemin vers autre chose …

Dans ce temps planifié qui définit une séance de coaching et quelque soit la durée de celle-ci, il y a comme des interstices qui viennent remplir ce moment et en faire un temps plein qui, indépendamment de tout ce qui se dépose, contient aussi des silences qui vont bien au-delà des paroles.

Souvent, pour commencer, nous « entrons en empathie » avec l’autre, étape nécessaire mais qui ne peut pas se suffire à elle-même … Etre en « empathie permanente » sans rien d’autre c’est quelquefois, pour le coach, finir par faire partie du problème et servir l’homéostasie du système (rien ne change).



Parce qu'un coaching ne ressemble à aucun autre et qu’aucune « méthode » n’est écrite par avance, le coach avance sur son chemin, le plus en conscience possible.

Tout en prenant soin du cycle du contact il utilise, au gré des rencontres et des ressentis, l’empathie, le reflet systémique, les injonctions paradoxales …

Il peut quelquefois laisser une question en suspens, pour qu’elle résonne et qu’elle trace son chemin, comme une rencontre avec soi-même qui parle d’une éclosion des champs du possible.




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Tags Tags :  Coupure   Frontière   Changement   Homéostasie   Eclosion 

Commentaire(s) :

1. Par André le 20/12/2009
Wadih, tes lignes sur le temps du coaching me rappellent l'une de nos premières séances (nos "moments d'échange" ;-), quand j'ai eu envie d'inverser un instant nos rôles, quand a émergé une différence : "le temps profane" et le "temps sacré"…

Merci à toi
2. Par wadih le 21/12/2009
Oui André,
Et j'ai appris ce qu'était le temps des horloges ;-)
Wadih
3. Par corine le 23/12/2009
Bonjour Wadih.
J'aime la douceur et la profondeur de vos écrits.Un caillou dans ma chaussure aujourd'hui et interrogative sur un point : Jacques semble vouloir partir sur 20 séances, de deux heures. Vous posez ( arbitrairement mais d'autorité) 7 séances d'une heure et demie. Il est surpris dites vous. La phrase qui suit n'est pourtant pas dans le champ de l'idée précédente et ne la justifie donc pas d'après moi.
Pourquoi avoir raté une belle occasion de questionner ce qui l'amenait à vouloir poser un cadre prévisionnel ?
Etait-ce rassurant pour lui ? confortable ? une prise de pouvoir ou de contrôle sur son coaching ?
et vous même ? pourquoi une heure et demie ? et pourquoi pas une heure ? et pourquoi pas dix séances au lieu de 7 ? Qu'est ce qui s'est joué à ce moment là pour vous, pour vous deux et qui ne semble pas avoir été discuté et choisi ?
le coach est garant du lieu, des moyens et du temps dites vous ...
Certains arbres en montagne viennent tout juste de perdre leurs feuilles tant le climat était doux jusqu'à présent.
La nature nous montre souvent que nos certitudes sont en équilibre précaire quand il s'agit de calendrier, vous ne croyez pas ?
Bonnes fêtes à vous
corine

4. Par wadih le 23/12/2009

Merci Corine de vos réflexions, de votre retour.

Je me demande souvent si mes billets ne sont pas trop longs ! Je vois que vous avez été jusqu’à cette troisième partie, passage que vous « détricotez » finement ;-)

Vous pointez quelque chose d’important pour moi là puisque ce passage parle et de ma pratique et surtout de ce que je pose en toile de fond pour m’expliquer à moi-même ce que je fais quand je travaille. Ma « théorie » du coaching. Je suis conscient de l’importance d’en avoir une pour agir, tout en restant ouvert, malléable, créatif, … c'est-à-dire en lâchant prise aussi, quelquefois, à cette théorie.

J’aime, à ce sujet que vous me rappeliez à la nature et à son équilibre précaire.

Pour moi, quand je coache, cohabitent en moi un état d’esprit systémique et un « lâcher-prise » qui me permet de m’éveiller à l’autre et à mes propres ressentis.

Les 7 séances ne sont pas arbitraires et ne viennent pas de moi. En systémique, il est d’usage que cela reste un accompagnement court qui ne fasse pas prendre au coach une place « résidente » dans le coaching. Être dans cette partie de vie de l’autre et s’en extraire dès que c’est possible. Pour son autonomie.

Votre mot « autorité » je n’arrive à le lire pour moi que comme une volonté d’être « auteur » du cadre.

En l’occurrence, et mes mots n’ont peut-être pas traduit cette idée-là dans le billet, j’avais été surpris moi-même par la demande que Jacques me faisait et l’insistance sur cette qualité du coaching, il voulait un « coaching lourd ». C’est ça que j’ai mis au travail en le renvoyant au cadre.

Pour moi, à ce moment-là, j’ai entendu, dans sa façon de me le dire, une résonnance entre lourdeur et gravité. Mon intention (parce que là, il y en avait une) était de proposer face à cette demande … du court et du « profond ». Comme un signal que je lui envoie, comme un premier recadrage, tout en sachant la profondeur dans laquelle on irait en travaillant ensemble. 7 séances, c’est déjà un chemin.

Vous avez raison quand vous questionnez le confort. J’aime proposer des séances où les coachés se sentent à l’aise et confortables. Dans le même temps, quand quelque chose bouge profondément en nous, quand nous entreprenons des choix importants, ce n’est pas toujours confortable. Dans ma « posture », je veux prendre soin de l’autre ET que le changement attendu survienne.

Je n’ai pas été extrêmement directif ou confrontant, en tout cas dans cette première phase. Après sa surprise de me voir proposer un autre cadre que le sien, nous en avons, bien entendu, discuté ensemble …

Les mots sont intéressants pour rendre compte de certaines choses et en même temps tellement limitant. Merci de m’avoir donné l’occasion de développer ces thèmes.

Très belles fêtes à vous Corine,

Wadih
5. Par corine le 24/12/2009
Merci Wadih de cette longue réponse
et au plaisir peut-être un jour de dialoguer de visu.
Corine




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