Témoignages - Françoise

 Temoignages-Francoise
« Franchir le pas »

Il me semble que je n’ai rien franchi, tout s’est enchaîné… une suite d’échanges avec un ami.

Un jour je me suis aperçue que je ne pouvais plus m’en passer, alors que rien ne me liait spécialement à lui. Juste des rapports amicaux, sans plus. C’est alors que j’ai réalisé le « vide » de ma vie, que j’ai pris conscience que ma solitude me pesait.


Oui, mais quelle solitude… j’ai peut être à ce moment fait la différence entre « vivre seule » et « vivre sans ».

Sans ma fille cadette morte depuis 12 ans.

Au moment de son décès un médecin m’avait proposé d’ingurgiter du Prozac. J’ai catégoriquement refusé, ce n’est pas ça qui la ressusciterait et qui comblerait le vide.

Donc, bon an mal an, au gré des évènements heureux qui sont venus égayer ma vie, je ne me savais pas consolée, encore moins guérie (on ne guérit jamais de cette blessure) mais… j'ai continué la route.

Le hasard, si le hasard existe, a mis sur mon chemin un charmant monsieur avec lequel j’ai échangé quelques e-mails. Je le savais coach, mais pas thérapeute. Après quelques échanges il me propose une expérience : faire une « thérapie narrative » via mail tout en précisant qu’il fallait avant tout nous rencontrer.

C’est au feeling que j’ai plongé dans cette aventure avec ce thérapeute.



Nous avons parlé de moi, évidemment, mais d’autres sujets comme la musique par exemple. Il se trouve que nos préférences allaient dans le même sens.

Puis, c’est important il m’a dit que tout était possible, même l’humour…

Que ce n’était pas dans la douleur, la tristesse, la culpabilité qu’il fallait « travailler ».

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Je me suis sentie tout de suite à l’aise, un peu comme si je le connaissais déjà.
Sans doute avais-je un immense besoin de parler, mais tout de suite je n’ai eu aucune difficulté à m’exprimer.

Il a également adapté ses honoraires à mes revenus.

Son physique n’était pas désagréable… si si ça compte !

Est-il arrivé au bon moment ? Ou l’ai je cherché et trouvé quand il le fallait ?




« Je ne veux plus survivre, je veux vivre »



C’est ainsi que « l’aventure » a commencé.

J’ai toujours refusé l’idée d’une analyse classique. Mais pour la première fois, j’ai foncé tête première. « Je ne veux plus survivre, je veux vivre » mes premières paroles…

Après une première rencontre d’où je suis sortie « légère », presque heureuse, étonnée d’être encore en vie, c'est parti... Échange de mails tous les jours, parfois plusieurs fois par jour.

Mon problème dominant était la mort de ma fille… puis ont suivi les casseroles que je traînais depuis l’enfance et celles qui entravaient mon parcours quotidien.

C’était bien de prendre conscience de ce qui m’avait aidée, guidée…

Comment toute seule j’ai pu mener ma barque sans chavirer, malgré ouragans, tempêtes et tsunamis.

Impossible de tout raconter en détail, mais disons que nous avons abordé la mort de mon père alors que j’étais une enfant, mes difficultés d’adaptation dans mon milieu familial, une carrière pro en dent de scie mais non sans réussite… mes rapports avec mes filles, mes petits enfants…

Tout cela s'est fait en plus de 280 pages de dialogues et 6 rendez-vous en live... plus deux séances via skype et quelques conversations téléphoniques.

Au fil du temps j’ai réalisé que ce que j’avais vécu, notamment ce qui était positif, c’est à moi, et à moi seule que je le devais. J’avais su utiliser les outils que je possédais sans le savoir, et en parler m’a permis d’en prendre conscience, de les voir et de pouvoir m’en servir maintenant.

Alors ??? A quoi bon tout cela ai je dit à ce moment de ma thérapie ? À mon âge ?

C’est alors que mon thérapeute me dit « j’ai l’impression que tu attends, que tu cherches quelqu’un »…

Pas complètement faux. Mais confus pour moi.

Un moment difficile de la thérapie, j’étais totalement accro à ces échanges, j’en devenais parfois agressive si les réponses tardaient. Petit accrochage avec le thérapeute que j’ai eu le culot d’insulter… oui je lui ai dit « tu m’emmerdes »… Puis nous avons détricoté ce malaise. Il a entendu et compris mon mal-être.

Ensuite j’ai pu voir que c’était une petite histoire de « transfert »…

D’un commun accord, la thérapie à ce moment semblait arrivée à son terme, mais je me suis sentie tellement mal que je n’ai pas pu arrêter.

Et c’est reparti… en « beauté » le mot est juste. Les échanges sont devenus denses, profonds. Je crois qu’une petite lumière m’habitait maintenant, je commençais à voir clair.

Un beau jour j’écris « Oui je cherche, j’attends quelqu’un et je l’ai trouvé ».

Perdu, si vous pensez que c’était ce foutu thérapeute.

Beaucoup plus simplement c’était « MOI ».


Une thérapie n'est jamais terminée ... 



Quelques semaines après j’ai décidé de dire « ma thérapie est terminée »

La belle histoire a existé pendant 10 mois, le temps m'a paru court tellement ce fut bon.

MAIS… UNE THÉRAPIE N'EST JAMAIS TERMINÉE.

J'avais un peu peur de me tromper sur ma relation avec mon thérapeute.

Et si j'étais tombée amoureuse de lui ? Tout serait à refaire ?

J’ai éprouvé le besoin d’être accompagnée par une autre personne :
coach/thérapeute ?

Où est la frontière entre les deux ? Elle est si mince parfois…

Je devais me débarrasser des effets du transfert. En quelques semaines tout est rentré dans l’ordre. OUF...

Terminé ? Non pas encore.

Pour X bonnes raisons, je me suis formée à la pratique «narrative ».Comme j’aurais aimé faire cela plus tôt dans ma vie.

Puis j'ai eu quelques belles expériences avec des personnes que j’ai accompagnées.

Ce que j’ai trouvé passionnant dans ce travail (car c’est un véritable travail) c’est que cela me permettait de prolonger les effets de ma propre thérapie.

Cela fonctionne « en miroir » quand on sent que l’on fait du bien à une personne, on s’en fait à soi même… Oui, c’est vrai, vous n'avez jamais essayé ?

Mais m’arrêter là serait vraiment dommage… quand on aide des personnes il faut absolument être supervisé… Peut être un peu triviale l’expression, mais re-belotte,
la supervision est également une thérapie. Donc troisième "accompagnant". Belle expérience.

J'ai appris qu'on ne fait pas cadeau de soi, de son travail lorsqu'on accompagne, et bien plus encore.

Où en suis-je aujourd’hui ?


Ma fille, je la pleure toujours autant. Mais je peux la faire « vivre en moi », invisible mais visible, j’aime parler d'elle et je peux le faire sereinement... presque !

Ma solitude est un cadeau que je me suis fait au fil de ma vie. Ce n’est pas par hasard si après avoir divorcé je n’ai jamais eu envie de revivre avec quelqu’un. Mes filles étaient mon unique but dans la vie, et je ne le regrette pas du tout. Aucun sacrifice, que du bonheur.

Mère avant d’être femme ? D’une certaine façon oui…

Une leçon à retenir, quel que soit l’âge on peut toujours « prendre soin de soi ».

C’est à 74 balais que j’ai entrepris ma thérapie.

Aujourd’hui j’en ai 81, je vis en paix avec moi. Rien n’est parfait, la vie est dure, les problèmes existent… mais j’ai la force et le courage de les affronter, les assumer, n’est ce pas formidable ?

Je mentirai si je disais que j’accepte tout, mais je sais comment l’accepter : je crois que j’arrive à peu près à « relativiser » ce qui arrive.

J’étais terriblement agressive, le suis je encore ? Parfois peut-être, mais pas comme
« avant ».

Une sainte ? Hahahaha heureusement non, jamais ça. Et puis quoi encore ?

Une petite histoire vraie pour conclure :

« Un jour en balade avec ma fille aînée et ma petite fille, nous devions nous retrouver pour déjeuner. RV manqué. Elles sont allées déjeuner sans moi et m’ont raconté par la suite ce qu’elles s’étaient dit - avec la Mamina d’avant cela aurait été impossible, mais après sa thérapie, pas de problème, elle comprendra ».

Il y a donc bien une « moi avant » et une « moi après », mais ne vous frottez pas à la « moi maintenant », j’ai gardé tout ma nature rebelle que je ne saurais rejeter parce que c’est profondément ancré dans ma tête, mon cœur, mon corps, mes tripes.

Au risque de me répéter je peux dire « je n’ai pas changé, c’est mon regard sur les autres qui a changé ».

De tout cela il y a de quoi faire un livre… que j’ai écrit. Oui je l’ai fait, encouragée par mon coach/superviseur/thérapeute… Il m’a énormément motivée.

Mais aujourd’hui je me sens seule, désarmée. Je crois que j’ai besoin d’aide pour faire aboutir ce projet.

Si par hasard il passait par là, peut être qu’il m’entendrait…

La question reste posée : pourquoi ai je encore besoin de me faire accompagner ? Peut-être pour m’aider à réaliser un rêve…

L’accompagnement n’a pas changé quelque chose dans ma vie, il a changé ma vie.

Merci d’avoir permis de m’exprimer, je l’ai fait franchement, mais certainement incomplètement… à suivre ?







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Commentaire(s) :

1. Par Wadih le 09/12/2014
Merci Françoise pour ce partage. Merci pour ces mots intimes posés ...
Chaque accompagnement est singulier, hein ...
Je trouve que ton témoignage est très révélateur
... de ce qui se transforme quand nous prenons ce chemin de travail sur soi
... de ce qui continue a exister
... et des potentialités qu'il autorise.
2. Par Françoise le 09/12/2014
Oui Wadih, chaque accompagnement est singulier. Chacun laisse en nous une trace,comme un tatouage, une marque indélébile.
Comme je parlais de lui, j'ai pensé qu'il était légitime que je partage mon récit avec le thérapeute en question.
Voici sa réponse :
"Merci pour ce joli partage. Je suis vraiment heureux d'avoir été ce passeur. "
J'aime cette notion de passeur, il m'a emmenée d'une rive à l'autre... mais ne m'a pas abandonnée.
C'est moi qui l'ai quitté, enfin presque :-)
3. Par Christine le 09/12/2014
Merci Françoise d'avoir déroulé ton chemin ici ; je suis admirative et reconnaissante pour les portes que tu ouvres ...
A quelques mois de mes 70 ans, j'ai réalisé qu'en un an j'ai fait sauter trois solides verrous liés à l'utilisation de mon corps comme source de créativité : j'ose maintenant chanter, danser et dessiner, oh très modestement, très intuitivement, mais j'ose ...
A te lire, je pressens que je peux aller encore plus loin puisque "il n'y a pas d'âge pour commencer" dès qu'on a pris conscience de ses manques et de ses capacités.
Je t'embrasse
4. Par Françoise le 10/12/2014
Après quelques hésitations j'ai décidé de "partager" mon témoignage sur Face Book. Je craignais la réaction de ma fille aînée.
Erreur... alors j'ai envie de la partager.
Je dois vous avouer que j'en ai pleuré.
"J'ai encore parfois du mal à m'y faire aux effets bénéfiques que ça a eu... Encore hier, je ne savais comment te dire que j'irai faire les courses avec mon mari, tant je craignais ta réaction.
Mais non, elle réagit bien la nouvelle Maman. Même si je me doute qu'elle est aussi déçue que la Maman d'avant "la narrative"...
Vive toi, ma Maman unique et irremplaçable !!! Et même un peu héroïque..."
5. Par Wadih le 10/12/2014
Tu doutes des vertus de la narration ...?
Heureux pour toi ;-)
6. Par Françoise le 10/12/2014
Wadih tu sais que ne n'ai jamais douté des vertus ni de la narration... ni de la narrative grande et belle "invention" de Michael White.
Hé... pourquoi alors serais devenue thérapeute narrative :-)
J'aime aussi ce que dit Christine, une amie FB, une conteuse.
Ce n'est pas rien de savoir qu'on "ouvre des portes".
Merci encore à toi de m'avoir permis de le faire.
7. Par Wadih le 10/12/2014
C'est moi qui te remercie pour ce partage !

http://legranddeblocage.blogspirit.com pour ceux qui n'auront pas encore été visiter (dans sites amis) !

ET ... pour ceux que ça inspire, n'hésitez pas à publier aussi, le partage est bon !
8. Par Françoise le 10/12/2014
Oh oui, n'hésitez pas, en faisant cela vous aidez d'autres personnes : témoignez.
A ma connaissance, Wadih ne mord pas...
OSEZ !!!!
9. Par edith le 12/12/2014
Bravo Françoise. Et merci de me dire que c'est possible, que tout est possible.
Je n'ai pas encore ce courage ou même le moyen de démêler la pelote, mais qui sait un jour peut être?
10. Par Lauriza le 12/12/2014
Très beau témoignage d'une thérapie réussie qui ne se terminera que lorsque nous partirons sous d'autres cieux car chaque jour nous apprenons et nous avons encore beaucoup à apprendre. C'est en changeant effectivement son regard et surtout en acceptant ce qu'on ne peut pas changer qu'on arrive à vivre plus en paix. Vivre ce n'est pas oublier c'est au contraire continuer à faire vivre ceux qui sont partis et que nous irons rejoindre quand notre heure aura sonnée. Merci d'avoir osé !!!!!!
11. Par Françoise le 15/12/2014
Christine, Edith et Lauriza, merci pour vos mots qui me touchent profondément.
12. Par Bonheur du Jour le 16/12/2014
Votre texte est magnifique. Il parlera à tous ceux qui ont connu le deuil. Qui ont appris à porter en eux, comme une graine de vie éternelle, ceux qui sont partis au loin - si loin.
Je vous embrasse et vous remercie.
Après avoir publié mes bonheurs du jour, je travaille sur un texte parlant de la mort de quelqu'un. Vous m'aidez. Oui, merci.
13. Par Oncle Dan le 17/12/2014
Très beau témoignage, en effet. Je suis content d'avoir cliqué sur ce lien qui me montre l'autre côté du miroir...

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