Entre structure, pensée et beauté …

 
Certains systèmes d’évaluation ont l’ambition d’appréhender la complexité d’un pays, d’avoir une idée de son cycle économique, une image de sa richesse et de ses déficits, d’évaluer sa compétitivité …

En ce jour, beaucoup ânonnent, certains balbutient des AA+ BBB+ CC incompréhensibles… Chacun y va de son interprétation, de ses analyses. Un support au jugement et au cloisonnement. Évidemment, ces notations handicapent ou dopent la vitalité des pays concernés.
 

 
À une autre échelle, celle des entreprises ou des personnes, l’évaluation existe aussi. Telle analyse nous apprendra le prix de cession de telle structure, ou nous renseignera sur les comportements supposés de telle personne dans son univers de travail. Toutes ces analyses, à défaut d’être justes ont au moins un mérite, celui de nous rassurer … au moins le temps de la lecture.

À un niveau plus artisanal, plus personnel, ce procédé ne nous est pas totalement étranger non plus ... Nous pratiquons aussi par classification.


Et pour le comprendre, revenons un peu sur nos pas …


Venir au monde et recevoir la vie est le plus beau des cadeaux. C’est l’ébauche d’un voyage qui s’engage avec force … une quantité d’informations nous assaille, l’air environnant pénètre dans nos poumons et nous enjoint de vivre, la lumière nous éblouit … Petit à petit, cette densité d’information va faiblir, nous aurons « appris » quelques bribes de ce monde et il nous deviendra moins étranger.

Mais pour le moment, nous n’en sommes pas là, il nous faut accueillir le vivant et le reste … Tout un écosystème à apprivoiser.

Plus tard nous nommerons ces perceptions, nous ajusterons nos sensations et spécifierons ce que l’on voit, ce que l’on ressent, ce que l’on entend et ce que cela représente pour nous. Nous aurons fait un pas pour coder le monde, pour le mettre à notre portée …

Classifier, noter, juger … dans un premier temps c’est survivre. Ce besoin est fondamental parce qu’il répond à des questions essentielles … où je suis ? Qui m’entoure ? Qu’est-ce que je fais ? Quel sens ça a ?

Cela me permet aussi de me sentir rassuré, le monde ne va pas se désagréger sous mes pieds, je maitrise quelque chose de ce qui m’entoure, je sais qualifier ce qui survient, nommer les événements, m’en rapprocher ou m’en mettre à distance à partir de cette évaluation que j’apprends à poser

Plus tard, je découvrirai que cette classification a aussi ses limites. L’ « homme doté de raison » cher à Descartes se met alors « en résonnance », il ouvre une autre voie et embrasse de son regard l’étendue de l’horizon qui dépasse les frontières, devenues inutiles. Au-delà de sa compréhension du monde, il accepte d’accueillir ce qui résonne en lui, ce qu’il ressent profondément.

Tant que nous avons besoin de classifier, alors c’est important de le faire. Mais quand cela devient moins nécessaire, alors nous pouvons nous ouvrir à un autre langage où nos émotions ont droit de cité. L’émotion ne se substitue pas à la raison, elle la complète.



Les mathématiques, cette science qui s’assigne la tâche difficile de faire apparaître des structures à portée universelle a été l’un de ces fondamentaux pour moi. Ma « base » quant à la réflexion et à la compréhension, l’un de ces édifices rassurants dont je ne voulais pas me départir …

Au gré de mes études, certaines intuitions ont été fondatrices pour moi, elles m’ont ouvert des voies nouvelles alors que ce champ de la science pourrait paraître d’un premier abord froid, sans vie, desséché …

Sir Michael Atiyah en parle merveilleusement. Pour lui, les mathématiques représentent un lieu privilégié pour échanger autour d’idées, il décrit aussi cette « pleine fluidité » qui peut régner quelquefois et ces « visions » que l’on peut avoir.

Pour reprendre ses mots, « On explore, on se trompe, on revient » et selon lui, les mathématiques sont le lieu de l’intuition, de l’imagination et de la pensée logique.

Pour cet homme de science qui cumule les prix (Abel) et les médailles (Fields, De Morgan, Copley) la logique est la structure qui permet à notre vision de se développer et d’arriver à maturité. Un apprentissage essentiel. Mais la logique n’est pas le processus créatif.

Il reprend Hermann Weyl - autre mathématicien influent du 20e siècle - en disant de lui qu’ « il consacrait sa vie à la recherche de la vérité et de la beauté, mais que dans le doute, il choisissait la beauté ».

Ces mots sont emplis de sens. Michael Atiyah les commente ainsi « … la vérité est quelque chose que l’on recherche, mais que l’on n’atteint pas. On n’arrive qu’à une vérité partielle alors que la beauté est immédiate et personnelle. Quand on voit quelque chose de beau, on sait que c’est beau, c’est certain. La beauté c’est ce qui nous éclaire. Ce qui nous mène dans la bonne direction ».



Quand nos logiques échouent, que les processus vacillent, que les catégories que nous avons créées n’en peuvent plus de catégoriser et que nos structures mentales sont dépassées, il semble essentiel alors d’accueillir un autre regard, celui qui sait aller à la découverte de la beauté, là où elle est, en nous et autour de nous.

Et même si la crise frappe à la porte, s’il reste ne serait-ce qu’une once de lumière, infime mais bien présente, alors profitons-en pour la faire flamboyer comme l’œuvre maitresse de notre vie …

 



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Tags Tags :  Michael Atiyah   Hermann Weyl   Structure   Pensee   Beaute   Notation   Classification   Pays   Entreprise   Individu   AAA 

Commentaire(s) :

1. Par Françoise le 15/01/2012
Merci pour cette "ouverture".
Quelle que soit la densité de la lumière qui m'habite, tu m'offres les ingrédients pour la
nourrir, l'entretenir, la faire briller...
Et qui sait, peut être un jour, atteindre le flamboiement !
Espoir !

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