S'accepter

 S-accepter-Identite-Creatrice
Je vous parle ici de mon expérience propre. Je ne sais pas si le terme propre convient bien. Je pourrai dire personnelle.

Quand une personne a pour vocation d'accompagner d'autres personnes, le moins qu'il puisse faire c'est de travailler sur lui, de se découvrir et de comprendre ce qui l'anime. Ça a été mon cas. J'ai entrepris depuis quelques années plusieurs thérapies et différentes supervisions dans cet esprit. J'ai vécu et traversé une vraie réflexion personnelle et continue encore aujourd'hui un travail sur moi.

Une première étape analytique m'a ouvert quelques portes. Après cela j'ai vécu différentes thérapies dites humanistes et depuis une année j'entreprends une seconde "tranche" analytique. Pour ce qu’il en est de mes supervisions, j'ai souhaité être supervisé par des personnes issues de courants divers pratiquant la systémique, la gestalt ou la psychosociologie ...

 
J'ai fait beaucoup de découvertes me concernant.

L'image que j'avais de moi, noble et même quelquefois grandiose s'est trouvée sensiblement fissurée... J'ai appris au fil du temps que j'étais puissant mais aussi très faillible, que j'avais de l'amour en moi mais aussi de la violence, que j'étais protecteur et nourricier mais quelquefois aussi méprisant ...

Je sais qu'il n'est pas de bon ton de poser ces mots-là aujourd'hui, notre société et les personnes demandeuses d'accompagnement n'attendent pas qu'une personne affiche ainsi sa vulnérabilité et encore moins ses fragilités, elles attendent plutôt d'un accompagnant – au moins dans un premier temps pour être rassurées – qu’il ait dépassé son jardin d’écueils, qu'il dispose d’une "boîte à outils " – "magique" idéalement – et s'il n'est pas dans la perfection, qu'il n'en soit pas trop loin quand même ...

La vraie difficulté sur ce chemin ardu de la découverte de soi, au-delà du fait qu'il m'ait amené à croire certaines choses de moi qui ont été remises en cause par la suite, c'est de savoir quoi faire de ce que je réussissais à voir de moi. Et plus encore à m'accepter comme j'étais.

Quand l'image d'Épinal tombe, il reste beaucoup de morceaux à rassembler ...

L'être fort et maternant que j'étais comprit et vécut aussi sa faiblesse, quelquefois même, son impuissance. Il comprit surtout ce qui l'avait amené à accompagner les autres. Ce qui avait été à l'origine de ce chemin bien particulier qui était le sien.

Alors que faire avec cette image moins idéalisée, plus réelle de moi ? Ce masque porté un temps, cette parade qu'à été mon image, qui s’est révélée quand mes yeux se sont décillés ... ? C'est certainement le plus gros du travail, quand, après le discours que j’ai porté, j’ai perçu quelques bribes de réel …

Il ne me restait plus qu'à m'accepter, mais pas seulement au travers des mots, ce qui aurait été un autre discours, non, m'accepter réellement et ressentir cette acceptation agir profondément en moi.

Je suis certain d'ailleurs que c'est à partir de cette vérité là que je peux véritablement accompagner les personnes qui me demandent de le faire. C’est à partir de cet endroit là que je peux réellement me mettre en lien avec d’autres personnes qui se sentent elles aussi, belles et fragiles, puissantes et victimes.

Mais dire qu’il faut s’accepter ne suffit pas. Que faire avec ce que je voyais de moi ?

Je me suis découvert - au-delà des peurs, de la violence, du mépris que l'on trouve finalement en tout être humain - des circonvolutions particulières ... Une vigilance exacerbée, une volonté féroce, une hyperactivité mentale et une conceptualisation gigantesque, un désir et une intention pour l'autre et aussi un côté "évangélisant", assez subtil, puisqu'il prône l'amour du prochain. Mes racines chrétiennes ne sont pas pour rien dans cette affaire...

Accepter c’est déjà reconnaître. Savoir quelque chose de moi et ne pas le dénier à tout instant pour que cette vérité fasse inscription.

Ce savoir m’a permis de véritablement rencontrer les personnes que je côtoyais et que j’accompagnais et de les voir telles qu’elles étaient, sans idéalisation ni diabolisation.

Ce faisant, cela m’a amené à prendre conscience de la nature humaine, faillible, perfectible, incomplète. Je suis comme tous les autres, faillible, perfectible et incomplet.

Et plus que rencontrer ces personnes, j’ai pu aussi les aimer. Non seulement pour leur puissance et leur beauté mais aussi et surtout à travers leurs failles, ces interstices fines qui laissaient voir leur humanité.

C’est aussi de cette façon-là que, petit à petit, j’ai appris et je continue à apprendre à m’aimer moi-même et à m’accepter, tel que j'étais.

 

Love after love

The time will come
when, with elation
you will greet yourself arriving
at your own door, in your own mirror
and each will smile at the other's welcome,
and say, sit here. Eat.

You will love again the stranger who was your self.

Give wine. Give bread. Give back your heart
to itself, to the stranger who has loved you
all your life, whom you ignored
for another, who knows you by heart.

Take down the love letters from the bookshelf,
the photographs, the desperate notes,
peel your own image from the mirror.

Sit. Feast on your life.*

Derek Walcott






*Une traduction en français…

Amour après Amour


Un jour viendra, où, avec allégresse,
tu t’accueilleras à ta propre porte,
devant ton propre miroir
et chacun de vous sourira au salut de l’autre et lui dira,
assieds-toi. Mange.

À nouveau tu aimeras l’étranger qui était toi.

Sers du vin. Donne du pain. Rends ton cœur
à lui même, à l’étranger qui t’a aimé toute ta vie,
lui que tu as ignoré pour un autre, qui te connaît par cœur.

Prends les lettres d’amour dans la bibliothèque,
les photos, les petits mots désespérés,
décolle ta propre image du miroir.

Assieds-toi. Régale-toi de ta vie.




 
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Tags Tags :  Découverte   Acceptation   Amour   Estime 

Commentaire(s) :

1. Par Françoise le 03/12/2014
Etre fort dans sa fragilité.
"Puissant" et vulnérable.
Le juste équilibre ?
Si on ne s'aime pas, comment peut on aimer les autres ?
Merci Wadih pour cet exemple, ta franchise, ton honnêteté.
2. Par Wadih Choueiri le 04/12/2014
Merci Françoise,
Que faire d'autre sinon etre dans la franchise et l'honnêteté.
Nous proposons à ceux que nous accompagnons de dire qui ils sont, que faire d'autre sinon dire notre vérité ...? plutôt que de rester dans une forme de toute puissance enfermante.
3. Par Wadih Choueiri le 04/12/2014
Merci Françoise,
Que faire d'autre sinon etre dans la franchise et l'honnêteté.
Nous proposons à ceux que nous accompagnons de dire qui ils sont, que faire d'autre sinon dire notre vérité aussi ... plutôt que de rester dans une forme de toute puissance enfermante.
4. Par juliette le 08/12/2014
Merci pour ce beau témoignage. S'accepter pour moi c'est s’accueillir avec ses forces et ses vulnérabilités. S'accueillir tel que nous sommes. Comment serait-il possible d'accueillir réellement les autres sans cet accueil de nous-même.

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