Nietzsche

 Nietzche-Zweig-Identite-Creatrice
J'aime lire directement les textes de mes auteurs préférés, puiser "à la source", sans interprétation ni traduction. Et surtout quand l'auteur en question est Nietzche ...


Or certains livres sont plus qu'une relecture, ils constituent une œuvre en elle-même, quelquefois aussi belle que celle qui leur a donné naissance ...


J'avais été profondément touché par "et Nietzsche a pleuré" d'Irvin Yalom. Aujourd'hui j'aimerai partager avec vous un autre texte, celui de S. Zweig quand il raconte Nietzsche .... Parce qu'il sait magnifiquement redonner vie à cet homme, narrer son histoire intellectuelle torrentueuse, son cheminement, ses routes ardues et sans espérance, à la recherche de la profonde et véritable vérité et dans cette conscience de ne pas pouvoir la trouver...


Reconnaissance


Dans ce flot d'idées vertigineuses, il nous entraîne à la découverte d'un homme dont la connaissance devient reconnaissance, reconnaissance de tout ce qu'il est ... jusque dans sa maladie, sa fidèle amie qui lui apparaîtra comme une donnée fondamentale de son chemin. Il se sent redevable à ce bourreau, à la violence de son aiguillon qui attise ses pas ...



Chemin d’éternité


Il nous livre l'épopée de cet être affamé de vérité quand il se jette corps, âme et esprit dans son voyage donjuanesque de la taille d'une vie et nous dépeint à merveille ce sang qui l'anime et le fait brûler d'un amour fou, un amour extrême, pour la bien nommée vérité …

Nourri dans sa quête par une volonté sans égale, de celles qui ne faiblissent pas telle une flamme dévorante qui résiste et finira par consumer son corps, pris dans cette aventure sans fin. Une marche en avant sans jamais trouver un lieu de tranquillité ou de repos pour s'ancrer à une quelconque amarre, une once de vérité, aucune ne trouvant grâce à ses yeux...

Et petit à petit se dévoile un Nietzche qui se nourrit de solitude et qui veille, dans sa chambre, a l'abri des autres - ces humains que le démon de la pensée ne harcèle pas - à répondre a son appel profond. Un appel qui lui enjoint de ne pas "s'engourdir de ses froides certitudes", et de ne pas rentrer dans une vie qui aurait pour envie de se posséder elle-même... Au contraire, il lui faut rester vigilant et propager cette vivacité de l'esprit qui lui est essentielle ... "Lorsqu'on s'est trouvé soi même, il faut essayer, de temps en temps, de se perdre", ne jamais s'arrêter en chemin quitte à devenir son principal adversaire...



D’où je parle …


Quand Zweig décrit la liberté que défend Nietzsche qui "renverse les forteresses de la morale, les palissades de la loi", dont "aucune excommunication venue de l'église ou de la Couronne ne l'arrête", je ne peux m'empêcher de penser à mon métier, au regard de l'autre et de l'institution et à la nécessité pour chaque personne qui en accompagne une autre de prendre position, se forger une conviction, de sa simple autorité... et quelquefois de la défendre chèrement.



« Ubi pater sum, ibi patria »,

Là où je suis père, où j’engendre, là est ma patrie
 
Une liberté qui se vit au présent, dans un monde qu’il fait sien en lâchant prise à son origine pour s’installer dans ce qui émerge dans l’ici et le maintenant …
« Le monde entier devient pour Nietzche en même temps un pays étranger et une patrie … il peut y conserver ce regard à vol d’oiseau, ce regard clair et plongeant … un regard tourné de tous les cotés vers des horizons partout largement ouverts… »




L’interprétation du corps


Cette œuvre me parle aussi de l'extrême et du rapport au corps. Mes extrêmes et ceux que je rencontre, au creux des autres ... Comment, par leur intensité, les sentiments deviennent une tempête... ? Un "chaos créateur dans une sphère de tension infinie" qui véhicule une pensée indomptée, sans limites qui s'ancre dans le corps "mon génie est dans mes narines", eh oui, Nietzsche flaire les "narcotiques de la conscience ... Ce qui est pourri, corrompu et malsain" et la psychologie devient pour lui "l'interprétation du corps". En accompagnement, nous le savons bien, le corps parle et il nous faut apprendre à l'écouter. Peut-être est-ce la première pierre d'achoppement avant tout travail...



« Ma vie tient en trois mots:
j'étais cru, j'ai été cuit, je suis brûlé »,

Rumi, poète mystique persan
 
Zweig, dans sa narration, nous fait goûter par l'effet de sa plume à cette forme d'extase, tellement présente chez Nietzsche, de celles qui engloutissent dans l'ivresse infinie de la pensée, comme une passion indéfectible de la vérité et c'est peut être là que réside le style de Nietzsche, son grand style. Vivre et bruler de "sa" vérité, la temporaire, toujours changeante vérité. "Bâtissez vos maisons aux bords du Vésuve", crie-t-il comme une urgence à vivre.

Et le style de Zweig, quel est-il ... ? Je vous laisse le découvrir avec délice ...




Nietzsche, S. Zweig




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