Maux d’artistes

Maux d'artistes
En ce jeudi, je me rendais à l’hôpital de l’Hôtel-Dieu pour y retrouver un jeune homme qui venait de vivre un pneumothorax.

En arrivant devant ce monument parisien, je me demandais ce que représentait cette association de mots savants, assez efficaces puisqu’ils étaient capables d’empêcher, à travers une terminologie médicale bien huilée, une quelconque forme de représentation … 



 Il m’a gentiment expliqué, l’étouffement, la douleur, la morphine

Je suis resté là à discuter avec lui en laissant de côté mon agenda et mes contraintes.

Un jeune et un « plus ancien » qui discutent de tout, de rien, de la vie, de la mort, du risque et de la souffrance.

 

Pendant que je regardais avec émerveillement une femme lui réapprendre à respirer, pendant que je la voyais parcourir, avec lui, tous les gestes naturels mais oubliés, comme enfermés par la peur de la douleur, je ne pus m’empêcher de penser à ce qui était en train de se passer pour lui. Penser à ce que la vie lui avait préparé et à ce qu’il en ferait.

Il avait eu, quelques années auparavant une autre attaque, lourde, solide, massive, qui l’avait touché ailleurs dans le corps. Il avait fait front. Aujourd’hui, alors qu’il s’était remis aux études et à la musique, la maladie était venue le re-cueillir à nouveau…

Quel rappel à l’ordre pour cet objet erratique que nous sommes dans un ordre universel qu’il nous est difficile de saisir ! Oui, quelle logique à tout ça ?


 

Hasard et coïncidences …

Je reçois dans le même temps, commandé sur la toile électronique, « Maux d’artistes ».


Son auteur est neuropsychologue*. Un beau livre par ses illustrations, son style et surtout son sujet, que cachent les œuvres des artistes… ?


Il chemine sur la trame silencieuse de certaines œuvres littéraires ou s’en va découvrir certaines peintures … et émet l’hypothèse d’un lien possible entre l’auteur, certains troubles qui l’affectent et son œuvre …


Ainsi, il questionne l’épilepsie de Dostoïevski, la cataracte de Monet ou encore les troubles de la mémoire de Proust. Son regard est orienté sur le cerveau.


 

Statistiques, quand tu nous tiens


Un souvenir aussi, m’avait marqué. Une étude statistique tellement lumineuse et qui disait le nombre de philosophes en pleine lumière aujourd’hui et qui avaient commencé leurs premiers pas dans la vie, « orphelins » de père et de mère.


Oui, ils avaient été d’une manière ou d’une autre abandonnés.


 

D’où je parle 


Ce que j’écris là parle très certainement à beaucoup d’entre vous. Cela parle bien entendu aux coachs, aussi.


Cette phrase, commune mais pas banale qui questionne l’endroit « d’où je coache », l’endroit « d’où je parle » … et qui vient réactiver comme une corde sensible toute cette émotion qui a habité le coach à une époque, qui a été douloureuse et qu’il a quelquefois dépassée.


S’il ne l’a pas dépassée, il l’a du moins travaillée pour la mettre en mots ou la ressentir à nouveau dans son corps en apprivoisant sa fulgurance …


Je ne veux pas enfermer les personnes que je rencontre et que j’accompagne sous le sceau de la résilience, ni en parler comme s’il s’agissait d’artistes.


En même temps …


Je ne sais pas si vous avez déjà eu l’occasion d’en discuter avec un coach … quel plaisir d’accueillir l’autre, de découvrir par petites touches cette particularité qui le fait à nul autre pareil, qui le fait créateur d’un chemin, d’une ligne de conduite, qui le fait porteur d’un message, d’une idée ou d’un témoignage.


 

Être humain


Oui, je reçois mes coachés avec beaucoup d’amour qui se pose à l’inverse de cette neutralité souvent souhaitée. Quelle idée folle d’ailleurs, cette neutralité du coach.


Le coach vit. Il réussit quelquefois, il lui arrive aussi d’échouer. Il peut même aller jusqu’à assumer, entièrement, cette illégitimité ou cette incompétence dans laquelle il peut lui arriver de se trouver.


Des failles qui le rendent définitivement humain
, loin des stéréotypes de cette toute puissance conférée.


Il lui arrive quelquefois également de laisser résonner ses maux à lui, s’il s’y trouve pris.


Et oui, quand ça vibre, ca bouscule, ca peut même nous dépasser


Qui sommes nous sinon des êtres de chair et de sang, très proches de la terre ?


Ce jeune homme dont je vous racontais l’histoire, je ne sais pas ce qu’il va faire. Ce que je sais, avec certitude c’est qu’il ne ressortira pas le même à l’issue de ces épreuves.

 


Une cicatrice par ci, une faiblesse par là.


Des blessures qui ressemblent à ces jolies rides que l’on voit poindre sur le visage de ceux et celles qui ont vécu.


Il sera médecin, coach, infirmier ou financier mais ces premiers « tours de pistes » lui auront enseigné le beau et le laid, le chaud et le froid, la patience et l’injustice, l’amour et la révolte.


Et comme la vie appelle la vie, une partie de lui-même s’endormira dans cet épisode et une autre renaitra, pleine d’une autre lumière, moins blanche et blafarde que la première, mais d’une densité et d’une chaleur qui dit la force de la vie à l’épreuve de la première jeunesse et qui transforme tout ce qu’elle approche …


Un billet pour toi, jeune homme, à lire à ta sortie de ce lieu clos qui t’a accueilli en hôte précieux mais temporaire,


Merci d’exister et de te battre,


Wadih



* "Maux d'artistes" : Ce que cachent les oeuvres", Sébastien Dieguez, Editeur : Pour la science


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Tags Tags :  Accompagnement   Blessures   Intime   Maux   Artistes   Création   Maladie   Mort   Désir   Exister 

Commentaire(s) :

1. Par Eva le 29/06/2010
L'art qui permet d'exprimer le déraisonnable... c'est ce que tu fais Wadih quand tu dessines de ta plume les contours, atours et détours de notre métier, ici et ailleurs... Merci...

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