Passage sous tension

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Sa vie de couple vacille, son emploi tremble, il n’est plus perçu comme ce chevalier blanc qu’on avait toujours placé en lui… figure qu’il avait accepté d’incarner, il y a longtemps déjà.

Trois années ont passé depuis l’emploi « placard » qu’on lui a confié.

Aujourd’hui on lui demande de revenir, revenir au centre, comme si de rien n’était. Revenir au sommet, sans aucune préparation.



Son manager, en s’approchant de lui, assène sur ce ton puissant qu’il lui connait « J’attends beaucoup de toi, je veux te voir à l’œuvre, je veux te voir réussir, je sais que tu peux y arriver ».

« De quoi parle-t-il ? J’ai déjà fait mes preuves ». Mais au-delà de cette première révolte, Patrick ressent comme une impression étrange. Aucun faux pas n’est possible. C’est à ce moment-là qu’il demande un coaching.

Patrick est obéissant, discipliné, acceptant … mais son histoire récente a été porteuse d’une tension inédite. Aujourd’hui il se révolte, il résiste. Les mots de son manager résonnent violemment à ses oreilles.

Et si je n’y arrivais pas ? Que se passerait-il ?

Cette tension qu’il ressent aujourd’hui, elle a toujours été en germe, depuis bien longtemps, dans ce corps qui, contre vents et marées, essayait de tout maitriser … son système répondait bien, il a toujours été sous tension et il l’acceptait.

Aujourd’hui son corps lui dit non, pas cette fois, tu m’en demandes trop.

Ce stress qui avait été un vecteur de stimulation à certains moments et un moteur puissant à d’autres lui permettait de soulever des montagnes, souvent trop lourdes pour lui.

Aujourd’hui, il ne voit plus que le versant nocif, sans relief et sans perspective, de cet escarpement sans nom.

Il n’y a plus de contrepoids. Toutes  ses « alarmes » se sont mises à sonner et elles ne risquent plus de s’arrêter.

Dans cette histoire, comme une série funeste, il a l’impression d’être submergé et de ne plus rien contrôler. L’ « Amor Fati » est difficile à envisager à ce moment-là.

Sa vie, il n’arrive plus à la maîtriser, elle est plus que lancée, elle déraille.

Cette vague de fond vient le surprendre là où il avait besoin que plus rien ne bouge. Son être meurtri réclame un peu de calme dans cette tempête conçue pour un plus grand que lui. Ce sont ses mots …

Ce qui l’interroge c’est pourquoi aujourd’hui ? Il avait fini par s’habituer à sa nouvelle position, en retrait.

Revenir dans ce flux d’agitation, au cœur de cette suractivité, dans cette nouvelle ère de la démonstration continue, quel sens ça a aujourd’hui ?

J’existe, j’agis, je transpire, on doit passer par moi pour obtenir telle ou telle information … Il avait laissé tout ça à l’entrée du placard, doré.

« Chacun verrouille son système dans cette entreprise, c’est comme ça qu’on a le pouvoir », me dit-il.

W : « Et vous avez envie de prendre le pouvoir ? »

P : « Non, vous le savez bien »

W : « Qu’avez-vous envie de prendre, pour vous ? »

P : « J’ai de plus en plus de mal à le voir »

W : « Qu’est-ce qui vous a plu dans vos expériences précédentes, qui vous a fait rêver, qui vous a donné envie de vous investir … ? »

P : « Vous savez, on passe régulièrement d’une orientation prioritaire à un nouveau retournement stratégique depuis toutes ces années, tous mes collègues sont déboussolés. »

W : « Et vous, vous vous sentez comment avec ça ?»

P : « Quand je vous parle des autres, c’est parce que je me sens dans cet esprit là, je ne sais plus où est la frontière, moi, les autres, l’entreprise, la famille, … »

W : « Vous vous sentez faire partie d’une communauté … ?»

P : « Non, je ne dis pas ça. Je ne retrouve plus ce qui m’a amené à me battre pour cette entreprise, cette solidarité, cette dynamique collective … »

W : « Il y a des projets qui vous ont donné envie de vous battre à cette époque là ? »

P : « Il y a un projet industriel qui m’a fait m’engager, entièrement. Le programme représentait à l’époque l’investissement le plus important que l’entreprise avait pu contracter. J’étais fier de piloter ce projet »

W « Vous avez constitué une équipe … ? »



Pendant que Patrick me fait le récit de son histoire, je le vois prendre des couleurs que je ne lui connaissais pas. Il me parle de ses intentions d’alors, de ce qui l’avait mis en mouvement. Il se rend compte aussi que ses collègues de l’époque, ceux qui avaient contribué au projet, il pourrait les mobiliser encore aujourd’hui dans cette nouvelle histoire qu’il peut construire. Il lui faudra trouver d’autres contributeurs mais il peut aussi solliciter certaines personnes avec qui il a eu plaisir à travailler.

Évidemment, le coaching ne s’est pas arrêté là. Il nous a fallu travailler ensemble pour que Patrick se sente à nouveau serein et centré. Continuer le chemin ensemble pour qu’il redevienne acteur dans cette entreprise qui finalement ressemble à beaucoup d’autres avec ses périodes d’accalmie et ses tempêtes.

Le sujet qui le préoccupait également, sa relation de couple qui avait été en creux depuis un temps, il l’a repris en main.

Se sentant plus « fort », plus en capacité de décider, de trancher pour lui-même, ça lui a donné ce surplus de confiance, ce supplément d’âme pour aborder ce rivage douloureux. Il l’a fait et s’est mis à reconstruire, comme avant.

Nous autres, êtres humains, nous regorgeons de ressources innombrables. Et ces potentialités en devenir n’ont d’égal que notre fragilité. Elles sont souvent la conséquence même de nos failles et de nos blessures. Celles que nous avons réussi à apprivoiser, à dépasser.

Dans notre relation aux autres, nous nous construisons. Le regard de celui qui nous fait face nous nourrit. Une nourriture aussi importante pour notre équilibre que le pain que nous mangeons.

Notre architecture est fragile. Se sentir faire partie d’une communauté n’est plus chose évidente. Il nous reste au moins cette appartenance à la communauté des vivants …

Notre monde moderne semble nous protéger, nous libérer. Quelquefois, il nous fragilise. Notre vie croise sur sa route le réel, et le réel peut parfois être violent.

C’est ce qui peut m’amener, au démarrage d’une relation de coaching, à libérer, en conscience, un espace transitionnel pour prendre soin de l’autre. Un espace nécessaire comme un prélude à un travail qui commence.

Patrick parle de vous, il parle de moi. Il ne sait plus toujours où il se trouve, il peut lui arriver de vaciller

Quelquefois il est dans ce que Claude Lévi-Strauss appelle une « totémisation de soi » à outrance et en faisant cela, il sacralise son intériorité qu’il peut finir par agiter comme un porte-étendard. Son mental, sa psyché, son intégrité psychique deviennent alors la valeur suprême et son intériorité peut finir par prendre des allures démesurées …

A d’autres moments, il se sent profondément vivre en interdépendance avec les autres et sa nourriture sociale, il vient la réclamer au centre de la communauté

Patrick, c’est vous, c’est moi, c’est tous ceux qui nous ressemblent avec de moins en moins de pouvoir et de plus en plus de puissance et de fragilité, porteurs du désir d’aborder ce système sous tension qu’est la vie.

Le seul état où n’existe aucune tension, quand l’on regarde du côté de la biologie, c’est la mort. La tension fait partie de la vie, elle peut même la générer. De la même façon, si la tension générée par le système est trop forte, elle peut devenir fatale.

C’est cet entre-deux qu'il est nécessaire d'envisager. Il parle d’un cadre et de contraintes qui enfantent notre liberté et permettent ainsi l’émergence d’une possible transgression dans cet espace que l’on nous propose.

Dans cette étape de vie renvoyée par Patrick, il s’agit de tout l’environnement, qui à travers ses courants contraires, ses enjeux, ses paradoxes agit sur la réalité d’un individu et peut le noyer ou lui permettre de se dépasser.

Un « groupe » d’individus possède une conscience et un fonctionnement propres. La logique qui se met en route c’est celle de la préservation de l’espèce, avant celle des individus.

Et comme aux temps anciens, quand il fallait chasser et se défendre pour survivre, certains personnages dans le groupe comptent plus que les autres. Ceux qui ont un statut particulier, une force particulière, un impact sur la vie du groupe.


Et nous qui pensions que l’on s’était débarrassé de cette enveloppe caverneuse qui nous collait à la peau …
  
 


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Tags Tags :  coach   Stress   Amor Fati   Lévi-Strauss   Totémisation de soi   Interdépendance   Suractivité 

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