Lumières artificielles

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Les lumières blanches de l’usine emplissent cette allée d’une couleur blafarde. Marc avance sans y prêter attention, il connait ces lieux depuis si longtemps ... Son esprit vagabonde puis revient se fixer inexorablement sur les soucis du moment.

Il a été promu pour encadrer des collègues beaucoup plus âgés que lui, avec plus de bouteille que lui. Ils semblent aujourd’hui apprécier sa façon de faire, sa proximité, son sérieux, mais lui, il n’y croit pas. Son « chef » est très heureux également, il se félicite du choix qu’il a fait quand il l’a nommé.

Plus que quelques heures à faire et il rentrera, au lever du jour, rejoindre sa femme et ses enfants en bas âge. Et les choses suivront leur cours, comme si de rien n’était. Avant cela, il prendra les décisions à prendre et s’assurera que ses directives seront appliquées.



Sous cet angle, tout se passe dans le meilleur des mondes et c’est presque ça mais … pas tout à fait.

Marc est envahi en permanence d’idées grisâtres qui lui voilent la réalité. Il se voit mauvais, incompétent, jamais à la hauteur.

Il discutera cette après-midi-là avec sa femme. Elle a beau lui assurer qu’elle est très heureuse avec lui, il n’en croit rien. Elle se sent dépassée.

Dans ces moments-là, il ne peut entendre. C’est comme une déferlante qui prend possession de ce pauvre navire qu’il a essayé de faire tenir sur une mer cafardeuse, en vain. Des pensées lourdes l’assaillent de toute part.

Pourquoi cet air de dépit dans le regard de ma femme ? C’est ça qu’elle appelle le bonheur ? Et mon chef, il pourrait me dire que ça ne va pas, il le voit bien ! J’ai remarqué que quelque chose avait changé dans sa façon de me parler … Ah si Jacques pouvait me lâcher de temps en temps. Ca fait des mois qu’il me met des bâtons dans les roues, il veut ma place … ?

La machine à penser s’emballe et vient nourrir toutes les idées nocives qui pourraient passer à proximité. Et les « prophéties » vont bon train…

Vous savez, de ces prophéties qui se réalisent toutes seules … « Je pense que mon collaborateur m’en veut », en est une …

Souvent il m’est arrivé d’entendre « avec lui il n’y a rien à faire, il ratera toujours les missions que je peux lui confier … ». Oui, d’une certaine façon, si j’oriente mon regard de cette manière, je peux… les lui donner, attendre et regarder. En attendant assez et en regardant bien, quelque chose dans ce que la personne va faire prouvera à celle qui regarde qu’elle avait raison, qu’elle avait raison de se méfier

On appelle ça les prophéties auto-réalisantes. Je « pose » une « prophétie » sur quelqu’un et j’observe tout ce qui pourrait la valider. Mon œil affuté rassemble tout ce qui vient corroborer ma théorie de départ et me dire que j’avais raison, me dire que ma vision est la bonne et … le tour est joué ! Un tour de passe-passe où personne ne gagne. Je me suis rassuré en me disant que j’avais raison et ce faisant, je suis passé à côté de la personne que j’ai immanquablement objetisée, puisqu’assignée à une couleur définitive dont elle ne pourra se défaire.

Ces prophéties, on les applique aux personnes, à des situations (je suis sûr que ca va mal se passer) mais aussi à soi-même. « Je vais encore me planter ». Là encore, je peux scruter patiemment tous les éléments qui m’amènent à valider mon hypothèse. Et quand cette « orientation » du regard est prise, elle s’auto-alimente en permanence ...

Nous pouvons aussi choisir de regarder à quels moments nous avons réussi, à quels moments nous avons apporté quelque chose de véritablement précieux dans l’histoire qui se joue pour nous et pour les autres …

Si l’on se dit « je suis sûr d’y arriver », que se passe-t-il ? Eh oui, ça fonctionne dans les deux sens !

Ce regard orienté c’est toute une écologie de l’esprit. Et si certains moments annoncent une tempête, nous pouvons apprendre à laisser venir ces idées… les laisser vivre leur vie. Pas s’y accrocher, ni les fuir, juste les laisser flotter dans l’espace et à un moment, accepter que dans cet espace il y ait également d’autres idées, qui viennent éclairer ce moment. Se reconnecter à l’essentiel, simplement ... un rayon de soleil, un échange sincère avec une autre personne et … laisser faire ça aussi.

Si vraiment, nous sommes en forme, nous pouvons aussi rajouter un zeste de bienveillance envers nous-mêmes et un brin d’humilité … Eh oui, nous pouvons, pour quelques instants, arrêter de porter le monde, le nôtre et celui des autres et aller vers plus de légèreté. Lâcher prise aux lumières artificielles et revenir à notre nature véritable d’êtres humains, qui se découvrent dans leur lien au monde.

Notre esprit est d’une architecture fabuleuse. Quand il n’est plus contraint dans ces boucles qui le maintiennent dans un régime fébrile, il peut se mettre à créer, inventer, exister comme il sait le faire. Et peut-être là, en y mettant tous nos sens, prendrons-nous conscience du chant des possibles …


 
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Tags Tags :  Ombre   Lumière   Prophéties   Boucles   Envahissement 

Commentaire(s) :

1. Par Françoise le 02/04/2012
"Et peut-être là, en y mettant tous nos sens, prendrons-nous conscience du chant des possibles …"
... et peut-être aurons-nous alors, la capacité de prendre notre vie en mains !
2. Par Wadih le 02/04/2012
Tu veux dire ... définitivement ?
3. Par Françoise le 08/04/2012
Pourquoi pas ? :-)

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