Frontières


Identite-Creatrice-FrontieresOù commence le travail, où s’arrête-t-il ? Est-il possible de dessiner une frontière ? Le familial, le social, l’intime d’un côté ; le professionnel de l’autre ?

La plainte est réelle, un empiètement indéniable s’opère, comme un envahissement des temps et des champs personnels … Comme un personnage qui a pris forme humaine, le travail est interpellé. Comment faire avec le travail ? Déborde-t-il (1) ?

Et si la question était plutôt de savoir si je suis à la hauteur ? Où pour être plus précis, est-ce que je me sens à la hauteur ? Encore dit autrement, suis-je à la hauteur de l’attente que j’imagine que l’on a de moi et de celle que j’ai de moi-même ?

Ca semble caricatural dit de la sorte et pourtant, pour une grande majorité de personnes (61%), le travail passe avant toute autre chose. S’activer le soir est devenu la règle pour bon nombre de cadres. 38 % des personnes qui partent en vacances restent connectées …
 

Pour quoi faire ? Que faisons-nous exactement dans cette persistance du regard sur cet objet à nul autre pareil, l’objet de notre propre labeur ? Une réminiscence de cette fameuse rivalité mimétique décrite par R. Girard (2) ? Où rivalité et désir se cotoient. "Faire comme" l'autre remplace le "Faire avec" ... soi en l'occurence mais aussi sa famille, ses amis.

Peut-on nous en sortir autrement que par le collectif ? Un mouvement de fond qui parierait sur un nouveau rapport à l’entreprise, co-construit par les différents acteurs … Et qui permettrait un autre regard sur une vie personnelle qui se restreint dans sa temporalité et dans l’espace qui lui est réservé puisque les dernières technologies s’invitent jusque dans les chambres à coucher ...

Serions-nous prêts à recréer un espace à soi, qui existe autrement que comme une évasion psychique salutaire, et qui pourrait être régi par une frontière plus affirmée qui dit l’arrêt du parasitage des temps et des lieux de la sphère privée ? Aurions-nous droit à la déconnexion ?

Constituer des chartes ne suffira pas. Il nous faut aller bien plus loin, dans toutes les directions pour ne pas oublier que bien faire son travail apporte aussi de la satisfaction pour chacun de nous, mais que cette satisfaction ne pourra être dissociée de l’attention au bien-être et à l’écologie personnelle qui doit savoir rester présente pour chacun et se faire entendre.







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(1) Les enquêtes de l’institut OpinionWay pour l’Observatoire Tissot des relations au travail et du Baromètre Stress de la CFE-CGC entre 2010 et 2011 et celle de Technologia, « Quand le travail déborde » en 2012 sont édifiantes sur « les effets du travail sur la vie privée ».

Quelques chiffres de plus … 63% des personnes interrogées ont des insomnies ou un sommeil haché la nuit à force de ruminer leurs problèmes de bureau, 25% ont eu des problèmes conjugaux liés selon eux à leur activité professionnelle, 24% commencent à travailler dans les transports en commun, sur le chemin du bureau, 26% des personnes travaillent même quand ils sont en arrêt maladie, 47% assurent qu’ils travaillent régulièrement le soir chez eux pour pouvoir boucler leurs dossiers, 50% consacrent quelques heures de leur week-end à leur travail et 50% répondent aux mails que leur patron leur envoie en dehors des heures de travail.



(2) « Mensonge romantique et vérité romanesque »







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