Entre Essentiel et Existentiel

 Exit-Ess-Identite-Creatrice
Si notre univers était mathématisable, s'il se restreignait au champ du savoir, la vie serait simple et linéaire. Or ce n'est pas le cas, nous évoluons au cœur du vivant.

En pleine expérimentation de notre humanité, tout au long de notre chemin, à l'endroit où l'on ne peut tout connaître, où le savoir devient insuffisant pour nous permettre de nous saisir de la complexité que nous percevons, le monde peut nous sembler absurde.

Sa complexité nous submerge et nous ne savons pas, nous ne comprenons pas toujours ce que nous avons à y faire... Nous nous tenons là, tel un objet erratique jeté en son centre, démunis, dépassés... Nous nous frottons au réel mais il nous reste radicalement étranger. Il se dérobe sous les pas de notre marche aveugle. 

À cet endroit-là, plutôt que de chercher des bases, du solide, du stable, des référentiels et démêler ce qui est essentiel, fondamental et ce qui ne l’est pas, plutôt que de chercher et de s'imaginer trouver des piliers immuables qui nous rassureraient, nous pouvons choisir de plonger dans l'existence, c'est-à-dire nous mettre en présence du vivant en nous.
 

Choisir l'existentiel à l’essentiel, choisir d'exister plutôt que de s'accrocher à nos repères, à chacun de nos pas, est une expérience purement humaine. Nous pouvons alors expérimenter le réel à partir de ce que nous vivons et ressentons profondément, avec comme seule boussole notre être profond, en mouvement.

Et quand notre connexion au monde se fait « massive », prise par les limbes de ce réel indéchiffrable, nous pouvons aussi choisir d'expulser le monde hors de nous pour faire place vide, accueillir un espace vacant au creux de nous et ainsi accéder à notre part de liberté créatrice.

Or l'homme est habitué à donner figure aux "choses" qu'il rencontre en plein cœur du réel, en les transformant en concepts, en "objets" manipulables, fruits de la réduction qu'il s'acharnera à produire pour les saisir. C'est ainsi que l'homme fait, en proie au désarroi, sidéré par l'incompréhensibilité radicale d'un monde trop grand pour lui, trop complexe pour qu'il le saisisse entièrement, trop effrayé par ce qui pourrait le submerger ... Il ouvre une brèche dans ce réel sans fond, pour le convertir, le rendre accessible. Cet être que nous sommes, dominé par la finitude de son raisonnement, plongé dans une existence incompréhensible s'acharne à utiliser cette part de lui qui analyse et qui classifie... Pour éviter d'être englouti dans ses abîmes.

Mais l'homme peut aussi traverser sa finitude en acceptant de lâcher prise, en se laissant mouvoir par sa sensibilité, en pleine réceptivité au monde. Il se laisse alors porter par les variations infinies de la vibration du vivant, flottant sur les rives du réel, au cœur des mystères de l'âme...

Cette "chose" que j'évoque, cette chose du monde insaisissable, elle se reflète aussi en nous, nous la retrouvons également en nous. En l'homme réside une complexité de la taille d’un monde. C'est cette « chose » en nous qui nous met en mouvement, souvent à notre insu. Elle est composée de nos lois conscientes et inconscientes, celles qui nous font agir.

Autant il me semble important de se laisser aller à l'existentiel et d'expérimenter le vivant, autant il me semble primordial - par la suite - de détricoter cette "chose" en nous, pour reconnaitre ce qui nous anime.

Certaines lois qui la composent sont les nôtres, consciemment choisies. Nous avons appris, au fil de notre vie à les reconnaitre et nous les trouvons justes, nous les défendons. C'est ainsi que nous avançons, conscients des fondements qui nous constituent.

D'autres, plus insidieuses, plus floues nous font aussi agir sans savoir ce que nous faisons. Il nous appartient de le découvrir, pour grandir à soi.

Alors, lâcher ces "lois" établies au fil de notre histoire, toutes ces lois, et participer à la danse du vivant est le propre de l'homme. Mais revenir à nos "essentiels", s'assurer que nous sommes au bon endroit et que nos actes correspondent à ce que nous sommes, c'est vivre en conscience et en lucidité - autant que nous puissions le faire - notre vie d'homme, c'est aussi faire grandir la personne que nous sommes.

Notre vie est cette danse permanente, elle nous emmène vers l'inconnu du monde et l'inconnu de soi et nous ramène vers ce que nous voulons de nous-mêmes et des autres...

La danse du vivant ...
Lâcher le connu et apprendre,
Poser nos « essentiels » et grandir à soi.









 

Ce billet est inspiré de mes échanges avec un homme qui m'a beaucoup accompagné depuis ma jeunesse, le père Hubert Vatin Pérignon et des écrits de Hegel, Teilhard de Chardin,... Plus récemment j'ai écouté une conférence somptueuse de Bertrand Vergely a ce sujet ...


La calligraphie est de Mohammed Tifardine
"Le vrai voyageur ne sait pas où il va"
 



 
Partager : Linkedin  Linkedin 

Wikio
Tags Tags :  Essentiel   Existentiel   Danse   Vivant   Vivre 

Réagir, ajouter un commentaire :

Après validation ... laissez nous un peu de temps pour afficher votre commentaire.

Le code HTML dans le commentaire sera affiché comme du texte, les adresses internet seront converties automatiquement.
Vous etes responsable du contenu que vous publiez.