Coaching ou médiation ?

 Médiation

Christine se sent dépassée, envahie. Elle oppose, pour la première fois, une résistance affichée vis-à-vis de son manager. Elle n’arrive plus à se retenir, les mots fusent.
 

Nous sommes en entretien quadripartite. Michel, son manager, est présent. La directrice des ressources humaines l’est également. Christine remet en cause Michel, sans nuance. Il a pris la direction financière il y a un an de cela, à son entrée dans l’entreprise. La demande qui me semblait claire quand elle a été posée par la DRH, vacille maintenant.


Qui faut-il accompagner ? Christine ? Michel ? 

À moins de proposer une médiation pour Christine et Michel ?


Le cadre proposé par Michel semble difficile à appréhender pour Christine, il lui semble flou, elle a du mal à s’y repérer. Lui, il trouve qu’elle n’est pas assez autonome, qu’elle ne se saisit pas assez des dossiers …

 

 

En même temps qu’il perturbe le fonctionnement du service et qu’il impacte le travail des 2 personnes, cet état de tension sert Christine et Michel.

 

Christine fait ce qu’il lui semble bon en arguant qu’elle n’a pas de directives claires. Michel, quant à lui, pousse la logique à l’extrême, associe très peu Christine aux projections qu’il peut faire et à la vision qu’il a de la situation, il conserve l’information.  

 

Ils semblent tous les 2 désemparés, comme arrivés au bout de leurs compétences. Dans le même temps, ils semblent extrêmement doués pour faire vivre le problème ! Ils sont devenus experts dans l’art subtil d’alimenter ce conflit.

 

Christine est de plus en plus revendicative et Michel prend de plus en plus de distance et délègue de moins en moins.

 

Dans cet entretien en particulier, je me sens comme pris à parti par Michel. J’ai le sentiment qu’il cherche à faire alliance avec moi.

 

Mais que se passerait-il si j’acceptais le coaching de Christine ?

 

Là émerge une question qu’il me faudra trancher …

 

Poser ce que je ressens et assumer ma vision ? Ce travail concerne et Michel et Christine.

 

Ou bien,

 

Accepter le cadre que l’entreprise impose.

 

M’engager pour agir réellement sur cette relation qui défie les lois de la parité au sens managérial,

 

ou bien,

 

Participer à l’homéostasie du système et développer ma relation, commerciale, à l’entreprise … ?

 

Et une dernière question …

 

Qui est le premier client du coach … ?

 

Le coaché ? Son manager ? Le dirigeant de l’entreprise ? La direction des ressources humaines ou plus généralement le prescripteur ?

 

À moins que ce ne soit cette personne morale qui se laisse deviner quand on s’en approche et qui désigne, avant tout, un groupe d’hommes et de femmes qui œuvrent ensemble … Je parle de l’entreprise.

 

Cela voudrait dire que le coach est capable de saisir l’intérêt de ce groupement qui va, à bien y réfléchir, au-delà des salariés de l’entreprise et qui interroge également tout le système. Salariés, actionnaires, clients, fournisseurs, créanciers

 

Or tout cela ne peut être totalement objectivé.

 

Alors, que peut faire le coach ? Se fier à sa subjectivité et à la conviction qu’il se forge ?

 

Mais au nom de quoi (d’autre) serait-il capable de trancher … ?

 

La question est ouverte.

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Tags Tags :  Coaching   Médiation   DRH   Cadre   Intérêt   Stratégie   Enjeux   Changement   Ethique 

Commentaire(s) :

1. Par corine le 05/06/2010

Nous semblons être sur le même sujet en ce moment.
Drôle de synchronicité. Trancher en son âme et conscience. Accepter l'idée que des témoins intérieurs veillent et leur laisser un espace adéquat.

La conviction est la conscience de l'esprit.
Chamfort

Le témoignage des sens est, lui aussi, une opération de l'esprit où la conviction crée l'évidence.
Marcel Proust

Le meilleur de nos convictions ne peut se traduire par des paroles. Le langage n'est pas apte à tout.
Johann Wolfgang von Goethe
2. Par Catherine Besnard-Péron le 07/06/2010
Je me suis trouvée confrontée à une situation assez proche de celle que vous exposez, j'en rapporte ici l'essence réduite bien évidemment, mais j'ai pris le parti de faire alliance avec mon Michel et ma Christine contre le problème avec lequel ils entretenaient une forte relation tous les deux. Lequel problème avait des effets et des dommages collatéraux pour chacun, allant de la dépréciation de soi à la dépression... Nous avons réussi à identifier ensemble quel était ce problème, il s'agissait du silence, dévastateur après 2 années de présence parmi ces deux-là.
Deux heures d'intervention, et le problème a été déconstruit, "Michel" et "Christine"ont repris leur voix et se sont parlé en tenant bien loin le silence qui les avaient séparés.
Deux petites heures supplémentaires pour faire le retour, et entériner la disparition du silence.

Ma mission a été nommée sur le papier contractuel "médiation" mais seul l'objectif en a été sauvegardé, le chemin pour y arriver m'a été inspiré par l'externalisation des pratiques narratives.

Faire alliance contre un problème, c'est un camp bien plus facile à choisir finalement, surtout pour le coach si facilement mis à contribution par le prescripteur dans le cadre qui lui va bien à lui, et qu'il perçoit comme réducteur de complexité.

Belle écriture sur ce blog, Wadih, soit dit en passant...
3. Par wadih le 07/06/2010

Merci pour vos contributions et ces regards, riches, tant sur le rôle de ce témoin intérieur, Corine, que sur une approche qui a été utile dans votre contexte, Catherine, à savoir les pratiques narratives.

Vos retours m’intéressent d’autant que la situation que je donne est un exemple de ce que je n’ai pas su proposer, il y a quelques années de cela. Je laissais la question ouverte dans ce sens, imaginer les possibles…

Cette situation m’est revenue en mémoire lors d’un complément récent en systémique conduit par JA Malarewicz qui d’ailleurs a été un très beau moment de transmission. La systémique m’a ouvert des voies, elle m’a permis de modéliser, de comprendre le jeu des acteurs et si j’avais à proposer quelque chose aujourd’hui, une approche pour le faire. Au-delà d'un coaching proposé à l'un ou à l'autre, leur permettre de travailler ensemble.

Faire alliance et externaliser le problème, une belle créativité, Catherine, comme une trouvaille précieuse. Je n’avais pas pensé aux pratiques narratives dans mon contexte, une idée, à creuser … Merci.

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