Accompagner, un apprentissage

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Celui qui accompagne apprend à devenir "accompagnant". Il apprend à se laisser être pour que la personne accompagnée accède au "je suis" puis, plus tard au "je dis qui je suis".

Il apprend à accepter de laisser émerger ce qu’il est, face a l'autre, à se laisser ressentir et à dire ce ressenti, dans l’ici et le maintenant, pendant la séance.

Comme par mimétisme, la personne qui vit cet accompagnement apprend elle aussi, progressivement, à se laisser sentir, se laisser dire. Elle saura se débattre, résister, afficher son impuissance et laisser dire la dépendance qu’elle ressent à l’endroit de l’accompagnant jusqu'à laisser venir en elle une liberté d’être et d’agir.

Alliance du vivant



Ces paroles qu’elle prononce émergent en séance, nourries par toutes les forces qui l'ont aidée à construire son monde tout autant que celles qui l’ont poussée à le détruire. Et petit à petit, dans cette alliance du vivant qui se renforce, elle peut venir entière, à l'endroit où elle est, avec ce qu'elle est, profondément.
 
Aller un pas plus loin, ce sera apprendre à se nourrir par elle-même et vivre pleinement en dehors du lien privilégié qu'elle entretient en séance. Ainsi elle prendra progressivement ancrage en une conviction profonde que le monde est accessible. Elle pourra laisser affleurer sa créativité, créer et se faisant, célébrer ce qu'il y a de plus vivant en elle.

Lutte intérieure



Pour cela, une vraie lutte intérieure s’opère … La personne avec qui nous travaillons a engrammé en elle tellement de défenses (souvent utiles, quelquefois devenues inutiles), elle possède une telle mémoire, des souvenirs, certains porteurs de vie et d’autres qui rappellent tous ses besoins inassouvis, lointains, archaïques … que "ça" résiste.

L’un d
es besoins les plus 
fon
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convoque le lâcher-prise que l’on est capable de libérer, comme quelque chose que l’on donne, totalement. Cette intention peut souhaiter s’expérimenter en toute sécurité, avant d’aller se dire avec les autres, à l’extérieur, avant de se moduler et ainsi nous permettre de naviguer entre dépendance et indépendance, à la recherche de l’interdépendance … 

Ces manques fondamentaux profondément enracinés ont quelquefois donné lieu à un tel morcellement, à une telle difficulté à dire "moi, je" ... que la personne organise sa vie avec ça, elle édifie des forteresses, développe des stratégies, s'enveloppe de toutes les formes possibles pour ne pas être retouchée de cette manière-là, à cet endroit-là, où elle souffre sans se le dire.

"Rejouer" nos manques fondateurs



Cette façon de donner vie à ses manques pourra s’articuler, pour certaines personnes, par un "non" permanent. Vous savez, ce non structurel qui dit la résistance et la crainte de laisser un quelconque espace sans contrôle. D'autres entreront dans un lien aux autres incroyablement dense, ou dans la multiplication des projets … d'autres encore feront profession d’accompagner des personnes. Ils développeront leur pratique d’une manière similaire à l’accompagnement qu’ils auraient aimé recevoir eux-mêmes … et en faisant cela, ils "montrent au monde" ce quelque chose qui boucle et qui n'arrête pas de se dire, comme une mise en scène faite pour afficher, leurs propres manques, s’en faire un étendard que souvent eux seuls ne voient pas, pour finir, enfin, par s’entendre eux-mêmes, grandir et faire autrement.

Ils pourront aussi "contenir", rassurer, réconforter l’autre comme ils auraient aimé être contenus, rassuré et réconfortés eux-mêmes … ils édifieront des cercles de paroles, véritables emmaillotages pour éviter le morcellement ou la désintégration.

Ils proposeront de faire revivre à l’autre des moments continuspeu de ruptures existent pour qu’un cycle de contact "naturel" prenne vie.


Attention à l'autre



L'accompagnant ici œuvre en s'aidant de cette qualité précieuse qu'est l'attention à l'autre. Il n’est absolument pas dans une forme de perfection, il est humain avant tout, donc incroyablement faillible. Il le sait (souvent).

Il œuvre pour être là, dans une présence et dans une attention au réel, à ce qui émerge, aux coupures possibles... Dans une communication avant tout silencieuse et souvent inconsciente ... Souvent il s’emploiera à ressentir et se mettra en position "méta" pour travailler avec ce qui se vit. Plus souvent encore, c’est en supervision qu’il pourra "traduire" au plus juste cette "communication", en dire quelque chose.

Il le sait, ces coupures sont là, omniprésentes, mais totalement "comblées" si la qualité de la relation qui s'instaure est suffisamment bonne et qu’elle constitue cette enveloppe sécurisante précieuse pour l’autre ... Et ce "suffisamment bonne" n'a jamais relevé d'une technique quelconque, mais plutôt d'une certaine forme de magie, la magie du réel, qui ne "prend" pas sur commande, qui existe parce qu’une rencontre a eu lieu.


Gratitude



Accueillir cette magie ne va pas de soi, c’est comme un cadeau que l’on reçoit.

Sur cette route engagée, l’accompagnant et l’accompagné revisitent au plus profond d’eux-mêmes l’éventail que l’humain peut produire et passent de l’omnipotence quelquefois perçue aux chutes existentielles marquées au fer rouge qui nous révèlent ces lieux d’impuissance inhérents à notre qualité d'humain.

L’accompagné chemine, tantôt de droite, tantôt de gauche, quelquefois rassuré et à d'autres moments, insécurisé. Au cours de la séance et à l’extérieur, il pourra rencontrer l'autre et par le jeu de la vie se remettre à l'écoute du réel. Au creux du vivant qui prend forme et s’exprime en lui, il se met à l’écoute du chant des autres et peut même décider d’y participer …

Et pour dire ma propre folie, ma propre blessure, qui demande probablement encore à être pansée, là où s’exprime également ce que je fais de mieux …

Pour moi, au-delà des sacro-saints cadres et contrats formalisés, quand je perçois cet éclat si particulier qui prend naissance dans le regard de l’autre, à ce moment-là et au-delà de tout ce qui a pu se jouer pendant les séances - jeu quelquefois cruel et difficile et souvent "résistant" - là, en ce moment tellement particulier, je vis comme un instant de grâce. J’utilise délibérément ce mot qui prend racine dans le champ du sacré. Je suis sûr qu’il est bien employé.




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