À ma mère

 A-ma-mere

Mes pas sont lourds,
Et la brume emplit l’espace.

Une chaleur étourdissante,
A élu domicile,
En ce lieu reculé et sauvage,
Que j’appelle mon cœur.
Repère de serpents,
Et de pierres brutes, éparpillées,
Comme une horde sauvage.

En ascète fébrile,
Sur un chemin singulier,
Je viens à toi et me souviens,

 Toi, la source intarissable,
D’images et de sensations,
Capturées.

Les couleurs perdent mon esprit,
Les chants noient mon âme.

Mes sens exacerbés me ramènent,
À ce lait et au miel, versés,
Pour moi, en ta présence.

Chacun de tes gestes,
Tes regards et tes mots,
Ton être et ta peau,
Appelaient en moi,
En un souffle divin,
Un brin d’éternité.

Et au creux de tes silences,
Qui ont fécondé mon réel,
Fidèle mère,
Tu as nourri en moi,
Le chant de tous les possibles,
Et l’être que je suis.

Baigné de ta lumière,
Offerte et éternelle,
J’ai posé mes pas,
À la suite des tiens,
Dans ce clair obscur de la vie,
Pour naitre à moi-même.

Mon cœur hardi, accepta de s’ouvrir,
Pour accueillir en son sein,
Ce suc à nul autre pareil,
Devenant nectar, enivrant et voluptueux,
Au fil de mes épopées silencieuses,
Et me faisant homme.

Tu m’as appris à revenir,
Et à laisser à sa place,
Ce qui a sédimenté, ce qui pèse,
Et ces masques bâtis pour l’exil.

Témoin émerveillé de chacun de tes gestes,
Je n’ai qu’à fermer les yeux pour sentir,
Ces filaments que tu as tressés pour moi,
Et qui me montraient le chemin.

M’ouvrir au son du ney,
Laisser pénétrer cette lumière originelle,
Et cueillir les fruits empourprés,
À en faire battre mon cœur d’enfant.

Mais où es-tu donc passée ?
Maintenant que j’avance,
D’un pas décidé et fervent,
Quelque chose en moi se fend,
S’ouvre comme une brèche profonde.

Est-ce toi qui m’observes ?
Ombre dressée,
Sans un geste adressé,
À distance et détachée,
En terre étrangère … ?

Ce soir,
Alors que sur le rivage,
La lumière se fait blafarde,
Émerge, bien au-delà des dunes,
Ce chant, en moi,
Qui célèbre les mille feux,
De ton souffle bienfaisant.

Et alors que tu as décidé,
Ce voyage pour l’éternité,
Pour ces derniers pas que je ferai seul,
Pieds nus sur les pierres brulantes,
Je m’enflamme et m’étourdirai toujours,
En enjambant ces quelques marches,
Qui me séparent de ton souvenir.







Partager : Linkedin  Linkedin 

Wikio
Tags Tags :   

Commentaire(s) :

1. Par Virginie le 22/12/2014
Je ne cesse de lire et de relire tes mots, si bel hommage à cette femme que j'ai tant aimée aussi, et qui va tellement nous manquer…
C'était une très belle rencontre, de celles qui auront profondément marqué nos vies, et nous remplissent d'amour et de lumière.
Cette lumière qui ne cessera jamais de rayonner, comme un brin d'éternité qui nous reliera toujours à elle. Un chant d'oiseau qui s'est envolé, mais continue de résonner dans mon coeur…
"Un parfait chemin de vérité s'est ouvert à notre voyage vers l'autre rive, par delà l'obscurité"
2. Par Hervé le 03/01/2015
Un beau texte. Un bel hommage à une personne unique dans une vie d'homme. La force du souvenir atténue la douleur du chagrin.
Ce texte me rappelle ma mère qui m'a quitté bien trop tôt, il y aura bientôt 5 ans.
3. Par Wadih le 05/01/2015
"La neige l'a recouvert pendant la nuit de lumière pure, comme une mère relevant un drap sur le corps de son enfant endormi', C. Bobin

Réagir, ajouter un commentaire :

Après validation ... laissez nous un peu de temps pour afficher votre commentaire.

Le code HTML dans le commentaire sera affiché comme du texte, les adresses internet seront converties automatiquement.
Vous etes responsable du contenu que vous publiez.