Socrate a-t-il inventé le coaching ?


identité Créatrice - Socrate a t-il inventé le coaching - L’électrochoc de la lucidité ou ... « L’électrochoc de la lucidité »

Déjeuner avec un ami coach, c’est prendre un risque très particulier, celui de la lucidité.

Les choses se passent toujours de la même façon : le déjeuner se déroule dans la douce détente d’échanges amicaux, chacun parle de sa vie, de ses derniers voyages et de ceux qu’il rêve de faire, de ses amours, de ses projets, et tout à coup apparaît la sensation d’une décharge électrique dans le cerveau et dans le cœur, une sorte d’électrochoc rapide et léger qui tétanise tout le corps l’espace d’un instant.


 
C’est fugace mais puissant et terriblement efficace. A chaque fois, LA réponse à une question que je me pose, à un problème pour lequel je cherche une solution, est là, évidente et immédiate.

A chaque fois, un tout petit peu sonnée, je cherche à comprendre ce qui s’est passé : mon ami coach a simplement posé une question, avec la justesse et la précision d’un tireur à l’arc zen, et c’est cette simple question qui a fait émerger en moi à une vitesse hallucinante, ma bonne réponse, ma bonne solution.

C’est ce phénomène que j’appelle « l’électrochoc de la lucidité ».

Tout a commencé un soir de cet été alors que nous nous attardions à bavarder entre amis après un dîner. En 30 secondes ma vie a changé. L’orientation à prendre sur laquelle je réfléchissais depuis plusieurs semaines sans y voir vraiment clair, les choix à faire, se sont imposés de façon parfaite, parce que tu venais de déclencher, Wadih, ton « fonctionnement en mode coaching » et venais, en me posant 2 questions, de me rendre un service insigne en m’aidant à trouver la bonne réponse en moi-même, sous les yeux fascinés des autres invités.

Et le phénomène s’est reproduit à chaque fois avec la même force.

Seulement, hier soir, dans le pub où nous dînons de temps en temps, au moment où ta question déclenchait une nouvelle prise de conscience, mon imagination a
vu flotter autour de nous un visage étrange au nez reconnaissable entre tous, un sourire moqueur et tendre dans la barbe abondante. Socrate.

Lui, le très cher, qui, avec Platon, Aristote et tous les autres, a illuminé mon adolescence. Sans eux, j’aurais pu mourir d’ennui dans un internat sinistre.

De retour chez moi j’ai ouvert le Théétète de Platon à la page où il donne la parole à Socrate qui décrit sa maïeutique.

« Mon art de la maïeutique a les mêmes attributions générales que celles des accoucheuses (…) en posant des questions aux autres.

(…) Ceux qui entrent en relation avec moi semblent au premier abord ne rien savoir. Or, tous, à mesure qu’avance notre relation progressent à une allure merveilleuse, de leur propre avis comme de celui des autres.

(…) Le fait est pourtant clair qu’ils n’ont jamais rien appris de moi, et qu’eux seuls ont, en eux-mêmes, conçu cette richesse de réflexions magnifiques qu’ils découvrent et mettent au jour. De cette mise à jour, par contre, le dieu et moi sommes les auteurs.

(…) Livre-toi donc à moi comme au fils d’une accoucheuse, lui-même accoucheur, efforce-toi de répondre à mes questions le plus exactement que tu pourras. Reprends donc la question à son début, Théétète, essaie de dire en quoi consiste … »
etc …

La maïeutique, est-ce du coaching et vice versa ?

J’entends d’ici des murmures scandalisés de brillants professeurs et philosophes.

D’accord, d’accord, ce n’est pas aussi simple. Mais, au fond, je m’en moque.

L’occident chrétien a donné un saint pour patron à chaque métier.

Eh bien, parce qu’il a été le premier, par son art du questionnement, à pratiquer « l’électrochoc de la lucidité », je choisis Socrate comme premier maître en coaching !


 Marie-France Lebrou  


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Tags Tags :  Electrochoc   Coaching   Platon   Aristote   Maïeutique 

Commentaire(s) :

1. Par Wadih le 30/10/2009
J’ai été assez surpris, Marie-France, de voir mon prénom apparaître au fil de la lecture.

Surpris tout d’abord parce que je ne pensais pas être aussi souvent dans cette « posture » de coach !

Maintenant à regarder le contexte de plus près, tu nous avais régalés avec tes petits plats… Qui plus est, tu es thérapeute, de quoi a-t-on bien pu discuter ?

Au-delà de la plaisanterie, une question était absente de nos échanges mais tellement implicite et j’avais certainement envie de te rendre quelque chose de toute cette gentillesse que tu avais déployée pour nous accueillir.

Surpris également par le personnage que tu évoques. Je trouve que l’image « Socrate, premier coach » est intéressante et osée à la fois. Il est vrai que la Grèce antique nous offre une multitude de représentations qui peuvent évoquer le coaching.

Que dis-tu de celle d’Apollon et de son temple (Delphes) où officiait la Pythie ? Apollon est l’ « Esprit en liberté », il est père d’Esculape (guérison) et Thémis (équité) l’a nourri. Il élève la part la plus sublime de l’humain qui, connaissant sa propre limite (connais toi toi-même), la transcende. Oui, pour moi, le coach participe d’un ordre qui le dépasse mais qu’il questionne.

Si souffrance il y a, qu’elle soit liée à l’avoir, à la puissance ou à l’image, le coach va accompagner le coaché pour qu’il accepte le temps qui passe…

Il va contribuer à un travail d’alignement à travers la prise de conscience du coaché, je te suis complètement sur ce terrain.

Je croyais au départ, que le temps de la « séance» était « sacralisé », « sanctuarisé ».

Aujourd’hui ma vision est autre. Je pense maintenant qu’il y a une alternance entre ce temps là et celui de la société. Je développerais certainement dans un billet.

Œuvrer à coacher l’autre, c’est certainement plus lui apprendre à en enlever (ce qu’il n’est pas, ce dont il a hérité, ce qu’il s’est construit et qui le conduit quelquefois à une impasse) qu’à en rajouter (savoir, croyances). C’est le faire accéder à une vraie liberté, plus en lien avec l’enfant intérieur, le seul guide qu’il peut avoir pour agir dans le monde.

Tu parles d’un « accoucheur », je te réponds sur l’ « enfant intérieur »…

C’est, à partir de ce qu’il ne cesse de reproduire, lui permettre d’observer ses répétitions, les reconnaître pour agir dessus.

Tu dis que tu vois Socrate comme le premier « maitre » en coaching, est-ce possible ou compatible ?

Je vois le coach comme une personne non seulement qui interroge mais aussi qui s’interroge lui-même en permanence, pour réussir à transmettre au coaché, à travers ce mimétisme « générateur », à savoir d’où il parle, à prendre soin de son « enfant intérieur », devenir son propre accoucheur ...

Ca ne veut pas dire pour autant et en permanence « position basse », mais assez souvent quand même !

Tu m’as donné envie d’écrire plusieurs articles avec ton billet et de revisiter mes classiques, merci !
2. Par Joel le 06/05/2010
Merci de nous donner un bel exemple de relation humaine constructive grâce à l'écoute de l' "enfant intérieur". Je crois effectivement que le coaching hérite en bonne partie, mais pas totalement, de la maïeutique socratique (je vous invite à en débattre sur le blog "coaching et philosophie") . Bonne suite aux "éveillés" que vous êtes.

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